Arabe ou français : choisir la langue de vos publicités au Maroc

CréationPar Amira Dounassre4 min de lecture

Publié le

Au Maroc, la question de la langue d’une publicité se pose à chaque campagne, et elle est souvent tranchée par habitude. On écrit en français parce que l’entreprise travaille en français, ou on traduit en arabe « pour toucher plus de monde ». Dans les deux cas, on passe à côté de ce qui compte : la langue d’une publicité ne sert pas seulement à être compris. Elle dit à qui l’on parle.

La langue est un choix de cible

Une même personne peut lire indifféremment l’arabe et le français, et pourtant réagir très différemment selon la langue de la publicité. Le français évoque, pour certains publics, un registre professionnel, premium ou international. L’arabe, et plus encore la darija, évoque la proximité, le quotidien, la confiance. Aucune n’est meilleure que l’autre. Chacune installe une relation différente.

Choisir une langue, c’est donc choisir une audience et un ton. Une offre immobilière haut de gamme, un service financier, une formation, un produit de grande consommation ne se racontent pas de la même manière, et pas forcément dans la même langue.

Trois registres, pas deux

On parle souvent d’« arabe ou français », alors qu’il y a au moins trois registres :

  • Le français, attendu dans de nombreux secteurs professionnels et pour une partie des publics urbains.
  • L’arabe standard, plus formel, qui inspire le sérieux et l’institutionnel.
  • La darija, la langue du quotidien, directe et chaleureuse, très efficace pour créer de la proximité dans une accroche ou une vidéo.

Une darija bien écrite peut faire des merveilles dans une publicité vidéo. La même darija, plaquée sur une offre très institutionnelle, peut sonner faux. Le registre doit correspondre à l’offre autant qu’au public.

Adapter, ne pas traduire

L’erreur la plus courante est de concevoir une publicité en français, puis de la traduire mot à mot. Le résultat est souvent correct, rarement convaincant. Les arguments qui touchent un public ne sont pas toujours ceux qui touchent l’autre, et les expressions qui accrochent en français perdent leur force une fois traduites.

Adapter, c’est repartir de l’angle et le formuler directement dans la langue cible : avec ses propres images, ses propres tournures, parfois ses propres arguments. Une publicité adaptée ne se reconnaît pas comme une traduction. C’est à cela qu’on voit qu’elle est réussie.

Le ciblage par langue n’est pas le ciblage par contenu

Les plateformes publicitaires permettent de cibler les personnes selon la langue de leur interface. C’est utile, mais trompeur : beaucoup de Marocains utilisent leur téléphone en français et préfèrent pourtant un contenu en arabe, ou l’inverse.

Le réglage de langue de l’audience et la langue du contenu sont donc deux choses à tester séparément. Dans la plupart des cas, nous laissons l’audience ouverte sur la langue et nous comparons des créations dans chaque langue, auprès du même public.

Tester les deux, et lire séparément

Il n’existe pas de règle générale fiable. La seule façon de savoir est de tester : la même offre, le même angle, la même audience, en deux ou trois langues, avec un budget comparable. Puis de lire les résultats séparément, jusqu’au bout de l’entonnoir.

Lire jusqu’au bout est important. Une publicité en darija peut générer beaucoup plus de contacts, mais des contacts moins avancés dans leur projet. Une publicité en français peut en générer moins, mais plus qualifiés. Ce n’est qu’en suivant ce que deviennent les leads de chaque langue que l’on peut trancher, et la réponse change souvent d’un produit à l’autre au sein d’une même entreprise.

Les Marocains résidant à l’étranger

Les Marocains résidant à l’étranger forment un public à part, souvent décisif dans l’immobilier, la banque ou l’assurance. Leur rapport à la langue est varié : certains préfèrent le français, d’autres l’arabe, d’autres encore la langue de leur pays de résidence pour les aspects pratiques.

Au-delà de la langue, c’est le ton qui compte le plus. Un MRE achète souvent à distance, sur un projet chargé d’émotion et de confiance. Les messages trop commerciaux ou les promesses difficiles à tenir le font fuir. Un ton empathique, rassurant, qui répond à ses vraies préoccupations (la distance, la confiance dans le suivi, les démarches) fonctionne beaucoup mieux, quelle que soit la langue.

La cohérence du parcours

La langue de la publicité doit se retrouver dans tout le parcours. Une personne qui clique sur une vidéo en darija et tombe sur un formulaire entièrement en français vit une rupture. Elle peut abandonner, ou remplir le formulaire avec moins de conviction.

Cela vaut jusqu’au rappel commercial : si le premier contact s’est fait en arabe, le commercial qui rappelle doit pouvoir poursuivre en arabe. La cohérence de la langue fait partie de la confiance.

Comment organiser un test de langue

Un test de langue utile se prépare en quelques étapes :

  1. Choisir un angle déjà validé, pour que la langue soit la seule différence entre les publicités.
  2. Écrire chaque version directement dans sa langue, si possible par une personne dont c’est la langue de travail, plutôt que de traduire.
  3. Garder le même visuel, la même audience et le même budget pour chaque version, afin que la comparaison soit juste.
  4. Aligner le parcours : formulaire, page d’arrivée et message de confirmation dans la même langue que la publicité.
  5. Laisser tourner assez longtemps pour obtenir des volumes comparables, puis lire les résultats jusqu’aux rendez-vous et aux ventes, pas seulement jusqu’aux leads.
  6. Recommencer par audience : la langue qui gagne auprès d’un public peut perdre auprès d’un autre.

Ce test coûte peu, et il évite des mois de campagnes dans une langue choisie par habitude.

Ce qu’il faut retenir

La langue d’une publicité au Maroc n’est pas un détail de traduction. C’est un choix de cible, de ton et de confiance. Distinguez les trois registres, adaptez au lieu de traduire, testez les langues auprès du même public, lisez les résultats jusqu’à la vente, et gardez la même langue tout au long du parcours.

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